Tabarre, Haïti — À l’occasion de la 8e cérémonie de graduation de l’Université de la Fondation Dr Aristide (UNIFA), l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide a livré un discours à la fois scientifique, patriotique et profondément symbolique, mêlant célébration académique et appel à la conscience nationale.
Devant les diplômés, le corps professoral, les parents et de nombreux invités de marque, son allocution a alterné entre poésie, données scientifiques et critiques sociales, suscitant de vifs applaudissements.
6 048 diplômés célébrés dans plusieurs disciplines
La cérémonie a honoré 6 048 étudiants issus des facultés de médecine, sciences infirmières, odontologie, réhabilitation, pharmacie, sciences biomédicales, droit et sciences politiques, génie et architecture, sciences économiques et administratives, sciences de la nature et agriculture, ainsi que l’éducation permanente.
Pour Aristide, la graduation ne représente pas seulement l’obtention d’un diplôme, mais une métamorphose cérébrale et morale.
Il a longuement développé le concept des « neurones conscience », expliquant que l’éducation transforme non seulement les connaissances, mais aussi la responsabilité éthique des futurs professionnels.

« Un cerveau qui s’élève doit élever le pays. »
Selon lui, la science sans conscience ne peut bâtir une nation durable.
Science, dopamine et modernité
Dans une approche inattendue et contemporaine, Aristide a évoqué la dopamine, la connectivité neuronale et même TikTok, affirmant que l’environnement académique de l’UNIFA stimule davantage l’intelligence et la réflexion que les distractions numériques.
Il a cité l’augmentation de la plasticité neuronale et de la force synaptique comme métaphore de la transformation intellectuelle vécue par les diplômés.
Un appel à une élite responsable
L’ancien chef d’État a lancé un défi direct aux nouveaux professionnels : intégrer une élite imaginaire ou incarner une élite véritable, alliant science et conscience.
Il a mis en garde contre l’analphabétisme politique et l’indifférence morale, exhortant les jeunes diplômés à participer activement à la transformation collective du pays.
Évoquant la gestion de 21 milliards de dollars potentiels pour le développement national, il a illustré ce que ces fonds pourraient financer :
420 hôpitaux modernes
5 250 écoles
105 000 salles de classe rénovées
8 400 km de routes neuves
Microcrédit, électricité et eau potable pour la population
Ces chiffres ont été présentés comme une vision possible d’une Haïti nouvelle, fondée sur la bonne gouvernance et la justice sociale.
« Carton rouge » à l’insécurité et à la corruption
En utilisant la métaphore du football, Aristide a symboliquement distribué des « cartons rouges » :
Aux politiciens corrompus
Aux criminels et ravisseurs
Aux acteurs alimentant l’insécurité
À ceux qui bloquent les infrastructures vitales
Le public a réagi avec enthousiasme à ces déclarations, marquant son adhésion à un message ferme contre l’impunité et en faveur de la dignité nationale.
Une annonce forte en faveur de l’agronomie
Moment particulièrement émouvant du discours : Aristide a rendu hommage à sa mère, qui avait offert 100 bourses d’études en agronomie lors de son centenaire en 2021.
Il a ensuite annoncé que tous les étudiants en agronomie de l’UNIFA étudieront désormais gratuitement.
Depuis 2021, 578 étudiants ont déjà bénéficié de ce programme. Cette décision renforce l’importance stratégique de l’agriculture pour la souveraineté alimentaire d’Haïti.
Un message d’amour et d’engagement
En conclusion, Aristide a quitté le terrain politique pour revenir à une note plus personnelle et affective.
Il a rappelé aux diplômés que leur alma mater les accueillera toujours « avec amour, puis amour, et enfin amour », les invitant à porter cet esprit tout au long de leur carrière.
« Unifariste un jour, unifariste toujours. »
Un discours au-delà de la cérémonie
Plus qu’un simple discours de graduation, cette intervention s’est imposée comme un appel à la responsabilité civique, à la conscience professionnelle et à la reconstruction nationale.
Pour ses partisans, elle confirme son rôle de voix morale et intellectuelle. Pour d’autres, elle illustre son influence persistante dans le débat national.
Mais pour les 6 048 diplômés présents à Tabarre, le message est sans équivoque :
leur réussite personnelle est désormais une mission collective au service d’Haïti.
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