L’Edito du Rezo
Prix du baril 9 mars 2026 : comment le marché haïtien sera-t-il approvisionné ?
Les marchés pétroliers ont subi une secousse brutale le 9 mars 2026 lorsque les cours du brut ont bondi d’environ 15 %, frôlant 120 dollars le baril dans les premières heures de la séance. Au plus fort des transactions, le Brent a atteint 119,50 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) s’est établi à 119,48 dollars avant un reflux partiel oscillant entre 100 et 105 dollars dans un climat de forte volatilité. L’intensification du conflit impliquant l’Iran et la crainte d’une perturbation majeure des routes maritimes énergétiques au Moyen-Orient alimentent ces tensions sur les marchés internationaux.
Au cœur des inquiétudes figure le détroit d’Ormuz, corridor maritime stratégique par lequel transite près de 20 % du pétrole consommé dans le monde. Une fermeture de cette voie provoquerait un choc énergétique global susceptible d’accélérer les pressions inflationnistes déjà observées dans plusieurs économies. Des perturbations logistiques sont d’ailleurs signalées chez certains producteurs du Golfe, notamment l’Irak, le Koweït et les Émirats arabes unis, confrontés à des contraintes de transport maritime et à la saturation de certaines capacités de stockage.
Dans ce climat international sous tension, la problématique de l’approvisionnement énergétique d’Haïti s’impose de nouveau au premier plan des préoccupations nationales, dans un contexte où le pouvoir exécutif dépourvu de légitimité électorale fait l’objet de critiques récurrentes quant à l’utilisation des ressources publiques, notamment à travers des déplacements officiels à l’étranger jugés par certains observateurs coûteux et déconnectés des urgences économiques et sociales du pays.
Une interrogation persiste dans certaines petites bourses d’analyse économique et dans des milieux d’étude des politiques publiques : l’administration monocéphale d’Alix Didier Fils-Aimé envisagera-t-elle l’exploration de mécanismes alternatifs susceptibles d’alléger la charge financière liée aux importations pétrolières d’Haïti ? Dans cette perspective, plusieurs observateurs évoquent la possibilité d’un recours au brut vénézuélien, rappelant l’expérience du dispositif énergétique régional PetroCaribe qui avait autrefois permis au pays de bénéficier de facilités de paiement et de crédits concessionnels.
Une telle hypothèse demeure toutefois étroitement encadrée par le contexte géopolitique actuel. Les sanctions américaines visant le secteur pétrolier vénézuélien combinées aux mécanismes de contrôle maritime et financier dans la Caraïbe limitent fortement les transactions internationales impliquant ce pétrole. Dans plusieurs cas, les opérations commerciales de cette nature requièrent des licences ou autorisations spécifiques délivrées par les autorités américaines, ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre d’un État dépendant des circuits financiers internationaux.
Dans ces conditions, le débat demeure ouvert : le gouvernement de doublure d’Haiti devra-t-il obtenir l’aval de Washington pour toute initiative visant à importer du brut vénézuélien afin de tenter d’atténuer la pression énergétique qui pèse sur une population déjà confrontée à la pauvreté, à la dégradation de la gouvernance publique et à l’insécurité généralisée ?
Au-delà des fluctuations des marchés pétroliers internationaux, la question du carburant en Haïti excède désormais la seule dimension économique. Elle renvoie à une problématique structurelle touchant à la capacité de l’État à garantir des circuits d’approvisionnement énergétique réguliers dans un environnement institutionnel fragilisé. Cette responsabilité implique directement le ministère de l’Économie et des Finances chargé de la mobilisation et de la gestion des ressources publiques ainsi que le ministère de la Planification et de la Coopération externe appelé à orienter les priorités stratégiques et à coordonner les partenariats internationaux.
Dans un pays marqué par l’insécurité, la contraction de l’activité productive et l’érosion du pouvoir d’achat, l’accès au carburant devient un déterminant central du fonctionnement de l’économie réelle. Transport, commerce, production et services demeurent étroitement dépendants de cette ressource stratégique. La question énergétique apparaît ainsi comme un enjeu macroéconomique et institutionnel majeur susceptible d’influencer directement la stabilité sociale et la survie économique d’une nation déjà confrontée à une crise multidimensionnelle.

The post Choc pétrolier — le baril flirte avec 120 dollars : quelle issue pour l’approvisionnement d’Haïti ? first appeared on Rezo Nòdwès.
Via Rezonodwes
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