« Pour s’être montrée à ce point déconnectée de la réalité haïtienne, Raina Forbin a-t-elle avalé des stupéfiants ? », s’est interrogé le pasteur Mallory Laurent.
NEW YORK, mercredi 22 juillet 2026 — Le pasteur Malory Laurent, responsable de la Salvation Church of God de Brooklyn, a vivement dénoncé, mardi soir, l’intervention de la ministre haïtienne des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Selon le révérend, la représentante du gouvernement haïtien a présenté une image artificiellement rassurante du pays, au moment où les gangs maintiennent leur emprise sur de vastes territoires et où des centaines de milliers d’Haïtiens vivant aux États-Unis sont menacés de déportation.
Pour le pasteur, Raina Forbin fait partie du « gouvernement de la honte d’Haïti » pour être venue « mentir ainsi aux Nations unies » en affirmant que la sécurité s’améliore, que la reconquête des territoires se poursuit et que le processus électoral progresse.
Dr. Malory Laurent estime que l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a beaucoup mieux décrit la situation intenable vécue par la population haïtienne que la ministre représentant officiellement Haïti.
Devant le Conseil de sécurité, lundi, Mike Waltz a parlé de quartiers entiers de Port-au-Prince transformés en « zone de mort ». Il a rappelé que les groupes armés contrôlent des routes, le principal port, des hôpitaux, des prisons et plusieurs axes essentiels à la circulation des personnes et des marchandises.
L’ambassadeur américain a également raconté avoir rencontré un garçon de huit ans que les gangs préparaient à tuer en lui apprenant d’abord à abattre des chiens. L’enfant a pu être secouru, mais le diplomate a prévenu que de nombreux autres mineurs demeurent sous l’influence ou le contrôle des organisations criminelles.
Mike Waltz a aussi décrit le supplice de policiers haïtiens encerclés dans un véhicule blindé immobilisé. Selon son récit, les membres du gang ont allumé un feu sous le véhicule, obligeant les policiers à choisir entre mourir brûlés à l’intérieur ou sortir pour affronter leurs bourreaux. Les agents ont finalement été tués dans la rue, près de leur véhicule en flammes.
Dans un autre cas rapporté au Conseil, les gangs ont enlevé la famille d’un opérateur qui collaborait avec les forces de sécurité pour dégager des barricades. L’homme a accepté d’échanger sa propre vie contre celle de ses proches avant d’être exécuté publiquement.
Pour l’ambassadeur américain, la victoire ne pourra être proclamée que lorsque les gangs ne contrôleront plus une partie importante du territoire, que les familles pourront circuler sans payer de péage aux criminels et que les principaux chefs armés seront « arrêtés ou neutralisés ».
Quelques minutes plus tard, Raina Forbin a présenté une lecture nettement différente de la situation.
« Des progrès réels sont accomplis sur le terrain », a déclaré la ministre. « Nous sommes plus proches que nous ne l’avons été depuis des années de rétablir la sécurité et d’organiser des élections libres, crédibles, inclusives et participatives. »
Elle a assuré que « la sécurité s’améliore », que « la reconquête des territoires se poursuit » et que « le processus électoral progresse ». Raina Forbin a également annoncé que le Conseil électoral provisoire publierait « dans les prochains jours » le calendrier officiel des élections.
Selon elle, sept des dix départements seraient déjà prêts à accueillir des activités électorales sans obstacle sécuritaire majeur. Le déploiement de la Force de répression des gangs resterait nécessaire dans les trois autres départements.
La ministre a par ailleurs affirmé que trois camps de déplacés avaient été fermés, permettant à de nombreuses familles de retourner dans leurs maisons. Elle n’a cependant communiqué ni le nombre exact de personnes concernées, ni les quartiers regagnés, ni les garanties de sécurité accordées aux familles.
Mallory Laurent rejette cette présentation optimiste.
« Quels progrès ont été réalisés ? Plus d’un million de personnes vivent encore sous des tentes, les groupes armés continuent de contrôler de vastes territoires et les produits alimentaires deviennent de plus en plus inaccessibles », a-t-il déclaré lors du rassemblement de prière.
Le pasteur soutient que les autorités haïtiennes présentent à la communauté internationale une image sans rapport avec la réalité vécue quotidiennement par la population.
Selon lui, le discours de Mike Waltz a reflété avec davantage de réalisme la profondeur de la tragédie haïtienne. L’ambassadeur américain a parlé de villes transformées en zones de mort, d’enfants recrutés pour tuer, de policiers torturés, de routes bloquées, d’hôpitaux occupés, de familles prises en otage et de chefs de gangs qui doivent être arrêtés ou neutralisés.
Raina Forbin a, de son côté, parlé de progrès, de territoires en cours de reconquête, de camps de déplacés fermés et d’élections dont le calendrier devrait être publié incessamment.
Mallory Laurent s’est également référé aux avertissements adressés par le Département d’État américain aux ressortissants voyageant en Haïti. Washington leur recommande notamment de communiquer à leurs proches certaines informations permettant leur identification et de laisser accessibles leurs dossiers dentaires ou des données biologiques utiles en cas de décès.
Pour le pasteur, une administration américaine qui invite ses citoyens à prendre de telles précautions ne considère certainement pas que la sécurité s’améliore en Haïti.
Il reproche également à la ministre des Affaires étrangères de ne pas avoir utilisé la tribune du Conseil de sécurité pour défendre les quelque 350 000 ressortissants haïtiens menacés de déportation des États-Unis.
« Au lieu de demander que ces Haïtiens bénéficient d’une protection et d’un traitement équitable, la ministre est allée flatter la communauté internationale », a-t-il accusé.
Mallory Laurent rappelle que cette diaspora soutient directement l’économie nationale par les transferts de fonds envoyés aux familles. Ces Haïtiens paient les loyers, les frais scolaires, les soins médicaux et les dépenses alimentaires de milliers de proches restés au pays.
Le religieux reproche donc au gouvernement d’avoir abandonné ses compatriotes au moment où leur statut migratoire est menacé. Il dénonce des dirigeants qui, selon lui, « oublient leurs compatriotes » et sont « prêts à tout livrer », sans défendre les intérêts fondamentaux de la nation.
La ministre aurait pu, a-t-il soutenu, demander aux États-Unis un moratoire, une protection humanitaire ou une réévaluation de la situation des Haïtiens qui ne peuvent raisonnablement être renvoyés vers un pays où les gangs contrôlent des quartiers, des routes nationales et des infrastructures publiques.
Au lieu de cette démarche, Raina Forbin a demandé au Conseil de sécurité de soutenir le déploiement complet de la Force de répression des gangs et le renouvellement de son mandat. Elle a insisté sur la nécessité de « consolider les acquis » et de rendre irréversibles les progrès annoncés par le gouvernement.
Pour Mallory Laurent, aucun acquis sécuritaire ne peut être sérieusement proclamé tant que les principaux chefs de gangs demeurent libres, que les déplacés continuent de vivre dans des conditions précaires et que des familles haïtiennes sont contraintes d’abandonner leurs maisons pour échapper aux violences.
Aucun des principaux commandants de gangs qui se font appeler « généraux » n’a été présenté devant un tribunal à l’appui du bilan défendu par la ministre. Aucun procès majeur n’a été cité. Aucun territoire prétendument reconquis n’a été clairement identifié. Aucun commissariat rouvert n’a été mentionné.
Le pasteur considère ainsi que le discours de la représentante haïtienne a davantage servi à rassurer les partenaires internationaux qu’à exposer honnêtement la gravité de la situation.
Entre l’ambassadeur américain décrivant une capitale transformée en « zone de mort » et la ministre haïtienne proclamant que la sécurité s’améliore, deux versions d’Haïti ont été présentées au même Conseil de sécurité.
Pour Mallory Laurent, celle de Mike Waltz correspond davantage aux souffrances de la population, tandis que celle de Raina Forbin participe à une entreprise de dissimulation politique.
« Quels progrès ont été réalisés ? », a-t-il insisté, dénonçant un gouvernement qui parle d’élections et de reconquête territoriale pendant que les groupes armés continuent d’imposer leurs lois, que le coût de la vie augmente et que des centaines de milliers d’Haïtiens de la diaspora risquent d’être renvoyés vers cette même insécurité.
cba
Écouter l’intervention originale du pasteur Mallory Laurent :
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