PORT-AU-PRINCE — Le décret électoral publié au Moniteur le 2 juin 2026, numéro spécial 27, continue d’alimenter une vive controverse politique. Une coalition de plus de 200 partis politiques et organisations de la société civile rejette le communiqué du gouvernement affirmant avoir consulté les acteurs concernés. Les signataires dénoncent une concertation de façade, limitée, selon eux, à des organisations proches du pouvoir, au détriment de la majorité des formations politiques agréées.
Leur contestation vise directement le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, accusé de fabriquer un consensus administratif autour d’un texte électoral déjà fragilisé par le déficit de confiance, l’insécurité et l’absence d’accord politique large. Selon les pétitionnaires, plus de 300 partis sont reconnus officiellement, mais plus de 200 d’entre eux affirment n’avoir jamais été associés aux discussions. Le communiqué officiel ne refléterait donc ni la réalité des échanges ni la représentativité du processus.
Cette dénonciation se heurte toutefois à une contradiction majeure. Plusieurs signataires de cette pétition ont déjà dirigé le pays ou participé aux combinaisons institutionnelles de ces dernières années, sans parvenir à instituer la justice sociale, à enrayer la corruption ni à restaurer l’autorité normative de l’État. Certains d’entre eux sont également associés à l’accord politique ayant conduit à la mise en place du Conseil présidentiel de transition, régulièrement contesté comme inconstitutionnel, illégal et illégitime par ses adversaires.
Plus grave encore, ces acteurs dénoncent aujourd’hui les pratiques du pouvoir Fils-Aimé tout en ayant, pour certains, cautionné ou toléré l’idée d’un « référendum-bidon ». Or, l’article 284-3 de la Constitution haïtienne dispose expressément que « toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par voie de référendum est formellement interdite ». D’anciens Premiers ministres comme Claude Joseph ou Jean Michel Lapin, ainsi que d’anciens parlementaires présents dans ces réseaux politiques, ne peuvent donc invoquer l’ignorance de cette prohibition constitutionnelle.
Pour le Dr Josué Renaud, cette séquence ressemble à « un jeu de pocker-menteur » entre des acteurs qui condamnent les méthodes d’Alix Didier Fils-Aimé lorsque celles-ci ne servent plus leurs propres intérêts. Il fustige « cette classe politique d’affairistes » et ironise : « Je déteste la politique d’Alix Fils-Aimé quand ce n’est pas nous qui la pratiquons. » Une formule cinglante qui ne vaut pas pour autant quitus au chef du gouvernement, décrit par lui comme « un jouisseur suffoquant ».
Cette affaire expose ainsi une double crise : celle d’un pouvoir accusé de manipuler la consultation électorale, et celle d’une opposition dont une partie porte sa propre part de responsabilité dans l’effondrement institutionnel. Entre décret contesté, référendum prohibé et alliances de circonstance, le processus électoral se retrouve pris dans une logique de calculs, de recyclage politique et de légitimation réciproque. En droit comme en politique, nemo auditur propriam turpitudinem allegans : nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude pour se refaire une virginité démocratique.
Décret électoral du 2 juin 2026 : une étape à compléter

The post Décret électoral Fils-Aimé « pocker-menteur » : le gouvernement accusé de consulter ses proches et d’écarter la majorité des acteurs politiques first appeared on Rezo Nòdwès.
Via Rezo Nòdwès
Read original article
Comments (0)
Add a Comment
No comments yet