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Dr Lorquet. Cuba 2026 : carnet de voyage au cœur d’une île résiliente

Haitian Globe
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July 5, 2026
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Dr Lorquet. Cuba 2026 : carnet de voyage au cœur d’une île résiliente

Par : Joël Lorquet

Un rêve longtemps caressé

Depuis longtemps, je rêvais de découvrir Cuba. Faute de temps, ce projet était resté dans un coin de ma mémoire. Mais à mesure que les changements économiques et sociaux se multipliaient dans le monde et dans la région, j’ai commencé à craindre que le Cuba authentique que j’avais toujours voulu connaître ne disparaisse peu à peu. Je me suis alors dit que si je ne faisais pas ce voyage cette année, je n’aurais peut-être jamais l’occasion de voir cette île telle qu’elle est aujourd’hui. C’est cette conviction qui m’a poussé à me joindre à un groupe d’Haïtiens de la diaspora pour participer au Festival del Caribe, plus connu sous le nom de Fiesta del Fuego.

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Le Festival del Caribe : une célébration de l’identité caribéenne

Organisé chaque année à Santiago de Cuba par la Casa del Caribe, le Festival del Caribe est l’un des plus importants rendez-vous culturels de la région. Créé en 1981 sous l’impulsion du folkloriste cubain Joel James Figarola, il vise à promouvoir les échanges culturels, à préserver le patrimoine des peuples caribéens et à renforcer les liens de solidarité entre les nations de la région. La 45e édition, tenue du 3 au 9 juillet 2026, est consacrée à la Colombie et propose un riche programme de défilés, concerts, spectacles de danse, colloques, expositions et cérémonies traditionnelles. Le festival se termine traditionnellement par la Quema del Diablo, le Brûlage du Diable, une cérémonie symbolisant la purification, le renouveau et l’unité des peuples de la Caraïbe.

Premiers pas à La Havane : les signes visibles d’une crise

Dès notre arrivée à l’aéroport international José-Martí de La Havane, une première impression s’impose : celle d’un pays qui traverse une période difficile. Le trafic aérien semble plus faible qu’on pourrait l’imaginer pour un aéroport de cette envergure. Sur le tarmac, plusieurs appareils étrangers, notamment chinois, attirent l’attention. Après les formalités d’immigration et de sécurité, la sortie de l’aéroport offre un premier aperçu d’un pays dont les infrastructures paraissent vieillissantes, mais qui continue de fonctionner malgré les nombreuses difficultés auxquelles il est confronté.

Les voitures anciennes : symbole de l’ingéniosité cubaine

L’un des symboles les plus visibles de Cuba demeure sans conteste ses voitures anciennes. Notre ami Ignacio, venu nous accueillir, conduisait une Pontiac de 1949. Si la carrosserie restaurée et soigneusement repeinte témoignait de la robustesse des matériaux d’autrefois, le moteur avait été remplacé par un moteur Nissan moderne. Cette capacité d’adaptation illustre parfaitement l’ingéniosité du peuple cubain face aux contraintes du quotidien.

Des infrastructures mises à l’épreuve

Dans les rues, on remarque également de nombreuses Lada Niva, des Peugeot et d’autres véhicules d’origine russe ou européenne. Les routes principales restent généralement praticables, même si certains accotements et espaces publics donnent l’impression d’un entretien insuffisant. Les effets de la crise énergétique sont cependant omniprésents. À plusieurs endroits, l’éclairage public est déficient et les coupures d’électricité sont fréquentes. Même certains équipements de l’aéroport semblent affectés. Or, l’électricité et le carburant sont des ressources essentielles au fonctionnement de toutes les activités économiques et sociales d’un pays. Leur rareté engendre inévitablement des conséquences dans presque tous les secteurs.

Le quotidien d’une économie sous pression

Le commerce tente de survivre dans ce contexte difficile. Dans plusieurs petits restaurants visités au cours de notre séjour, la pizza semble être devenue l’un des plats les plus accessibles et les plus répandus. Bien entendu, il serait exagéré de généraliser cette observation à l’ensemble du pays, mais cette tendance témoigne des contraintes auxquelles fait face le secteur de la restauration. Plusieurs infrastructures publiques paraissent également souffrir d’un manque d’entretien. Pourtant, la population continue de circuler à pied dans les rues avec une étonnante sérénité. Pour beaucoup de Cubains qui ne disposent ni de véhicule ni de motocyclette, la marche demeure un mode de déplacement naturel et quotidien.

Depuis quelques années, les autorités ont toutefois autorisé l’importation de véhicules plus récents, ce qui contribue progressivement à modifier le paysage urbain et touristique du pays.

La crise énergétique au cœur des difficultés quotidiennes

La crise énergétique affecte profondément la vie quotidienne. L’un de nos amis cubains nous a raconté que ses enfants lui avaient envoyé de la nourriture depuis l’étranger. En raison d’une longue panne d’électricité, la viande conservée dans son réfrigérateur s’est détériorée, l’obligeant à tout jeter. Ce témoignage illustre l’impact concret des coupures de courant sur les familles.

Dans certains quartiers, nous avons également constaté la présence d’ordures non ramassées et parfois des odeurs désagréables, laissant penser que les services municipaux peinent à maintenir le même niveau d’efficacité qu’auparavant.

Un tourisme en perte de vitesse

Le tourisme, autrefois moteur important de l’économie cubaine, semble lui aussi affecté. Un guide local nous confiait que la fréquentation touristique aurait considérablement diminué au cours des dernières années. Selon lui, de nombreux visiteurs hésitent désormais à se rendre sur l’île en raison des incertitudes économiques et géopolitiques qui touchent la région. Cette baisse de fréquentation se ressent dans plusieurs lieux habituellement animés.

La pénurie de médicaments : une préoccupation majeure

Un autre aspect frappant de notre voyage concerne la pénurie de médicaments. Dès notre départ d’Haïti, nous avons remarqué que plusieurs passagers transportaient des médicaments dans leurs bagages. Nous avons rapidement compris que ces produits étaient destinés à leurs proches vivant à Cuba. La rareté des médicaments constitue aujourd’hui une préoccupation majeure pour de nombreuses familles.

Un membre de notre groupe nous a raconté que son père devait subir une intervention chirurgicale. Afin de préparer l’opération, elle a dû acheter en Haïti une grande partie du matériel médical nécessaire, y compris certains articles de base. Malgré cela, l’intervention n’avait toujours pas pu être réalisée au moment de notre séjour. Ce récit témoigne des difficultés auxquelles fait face le système de santé cubain dans le contexte actuel.

Une population qui fait preuve d’une remarquable résilience

La vie à Cuba semble suivre un rythme différent. Les habitants paraissent patients, peu pressés, et font preuve d’une remarquable capacité d’adaptation. Cette résilience se manifeste dans les situations les plus simples du quotidien. Nous devions par exemple prendre un autobus à 6 heures du matin pour nous rendre à Santiago de Cuba. Finalement, le départ n’a eu lieu qu’à 14 heures, et même pas avec le véhicule initialement prévu. Les responsables attendaient de remplir l’autobus principal de 45 places, mais la faible demande liée à la crise économique ne l’a jamais permis. À peine un tiers des sièges étaient occupés.

À la gare routière, autrefois bondée, plusieurs restaurants avaient cessé leurs activités. Le nombre de voyageurs a fortement diminué en raison de la hausse du coût du transport. Pour beaucoup de Cubains, voyager à l’intérieur du pays est devenu un luxe.

Les prix des produits de consommation sont élevés et certaines marchandises se font rares. Les familles doivent souvent consacrer une part importante de leurs revenus à l’achat des biens essentiels. Malgré ces difficultés, le peuple cubain continue de faire preuve d’un courage remarquable.

Un peuple qui refuse de renoncer : ce que Cuba m’a appris

Au cours de ce premier séjour à Cuba, j’ai découvert bien davantage qu’un simple pays. J’y ai rencontré un peuple fier, digne, patient et profondément résilient, capable de préserver sa dignité malgré des difficultés économiques qui marquent le quotidien. Derrière les voitures anciennes, les bâtiments historiques, les rues parfois silencieuses et les festivités culturelles, Cuba demeure une nation qui lutte pour préserver son identité tout en espérant des jours meilleurs.

Ce voyage m’a offert bien plus qu’une destination touristique : il m’a permis de rencontrer des hommes et des femmes qui refusent de renoncer malgré les épreuves. J’ai compris que les statistiques, les analyses et les reportages ne suffisent jamais à saisir toute la réalité d’un peuple. Il faut parcourir ses rues, écouter ses habitants, partager leurs préoccupations et observer leur façon de vivre pour mesurer toute la complexité de leur quotidien.

Je visite Cuba avec un regard différent sur cette île de la Caraïbe, convaincu que sa plus grande richesse demeure son peuple, dont la force de caractère, la résilience et le courage forcent le respect. Ce carnet de voyage n’a pas la prétention de tout raconter, mais simplement de partager les impressions d’un premier regard sur un pays aussi fascinant qu’attachant.

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Via Rezo Nòdwès

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