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FLASHBACK | Haïti 2011 : quand l’OEA bouleversa le classement électoral et propulsa Martelly (234 617 voix), le « chèf bandi legal », devant Célestin (241 462 voix)

Haitian Globe
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August 14, 2026
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FLASHBACK | Haïti 2011 : quand l’OEA bouleversa le classement électoral et propulsa Martelly (234 617 voix), le « chèf bandi legal », devant Célestin (241 462 voix)
Hillary Clinton presses Haiti's René Préval to break election stalemate - CSMonitor.com

FLASHBACK | Haïti 2011 : quand l’OEA bouleversa le classement électoral et que Martelly passa devant Célestin

PORT-AU-PRINCE — Il faut revenir quinze ans en arrière pour comprendre pourquoi le précédent électoral de 2011 demeure si lourd dans le débat haïtien. Une précision historique s’impose toutefois : la mission d’experts de l’OEA qui allait modifier l’équilibre du scrutin n’arrive pas en janvier 2011, mais le 30 décembre 2010. C’est cependant en janvier et février 2011 que son rapport acquiert une portée politique considérable, avec, en point d’orgue, la visite de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton à Port-au-Prince, le 30 janvier.

Le premier tour présidentiel avait été organisé le 28 novembre 2010, dix mois après le séisme. Les résultats préliminaires plaçaient Mirlande Manigat en tête, Jude Célestin deuxième avec 241 462 voix, et Michel Martelly troisième avec 234 617 voix. Quelques milliers de suffrages seulement séparaient les deux hommes. Après les violences et les contestations qui suivent l’annonce des résultats, le président René Préval demande, le 13 décembre, l’assistance de l’Organisation des États américains. Un accord est signé entre le gouvernement, le CEP et l’OEA pour permettre à une mission d’experts de vérifier la tabulation. Neuf experts arrivent le 30 décembre. (OAS)

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L’intervention n’est donc pas, juridiquement, celle d’une organisation entrée en Haïti sans invitation : elle procède formellement d’une demande du chef de l’État et d’un accord avec le CEP. Toute la controverse commence cependant lorsque cette assistance technique débouche sur une recommandation susceptible de déterminer l’identité de l’un des deux finalistes.

919 procès-verbaux examinés, et le classement bascule

La mission de l’OEA examine 919 procès-verbaux sur l’ensemble traité par le Centre de tabulation, soit 8,2 % des PV et 16,9 % des suffrages comptabilisés. Elle considère finalement que 234 procès-verbaux ne satisfont pas aux critères retenus et recommande leur exclusion. (OAS)

Et c’est là que se produit le basculement.

Après retrait des votes contenus dans ces procès-verbaux, l’OEA obtient :

  • Michel Martelly : 227 467 voix — 22,2 %
  • Jude Célestin : 224 242 voix — 21,9 %
  • Mirlande Manigat : 323 048 voix — 31,6 %

Martelly, troisième selon le décompte préliminaire du CEP, devient donc deuxième selon la recomposition recommandée par les experts internationaux. L’OEA ne proclame pas elle-même le résultat : elle le recommande au CEP. Cette distinction juridique compte. Mais politiquement, le rapport transforme complètement le rapport de forces. (OAS)

Puis vient la pression

L’affaire cesse rapidement d’être une simple expertise statistique. Le 20 janvier 2011, Reuters rapporte que le gouvernement Préval et les autorités électorales sont soumis à une « intense pressure » pour accepter la recommandation de l’OEA. Les Nations unies et plusieurs puissances occidentales demandent que le classement soit corrigé.

Le lendemain, la pression devient encore plus visible. Washington révoque les visas de plusieurs Haïtiens associés à la campagne de Célestin ; les États-Unis, l’ONU et des bailleurs occidentaux insistent pour que Martelly participe au second tour. Dans le même temps, Martelly prévient qu’il rappellera ses partisans dans les rues si la recommandation de l’OEA n’est pas appliquée. (Reuters)

Puis survient le dimanche 30 janvier 2011.

Hillary Clinton atterrit à Port-au-Prince. Elle rencontre René Préval ainsi que Mirlande Manigat, Michel Martelly et Jude Célestin. Reuters rapporte explicitement qu’elle transmet aux autorités haïtiennes le message de Washington : les recommandations de l’OEA doivent être appliquées. États-Unis, ONU, France, Royaume-Uni et Union européenne soutiennent alors la formule Manigat-Martelly pour le second tour. (Reuters)

Quatre jours plus tard, le verrou saute.

Le 3 février 2011, le CEP proclame ses résultats définitifs : Mirlande Manigat et Michel Martelly accèdent au second tour. Jude Célestin est éliminé. Reuters écrit alors que les autorités haïtiennes ont modifié les résultats après des pressions étrangères et que leur décision correspond à la révision proposée par l’OEA. (Reuters)

Correction électorale ou substitution de souveraineté ?

C’est précisément ici que l’histoire demeure litigieuse.

L’OEA soutenait avoir identifié des anomalies suffisamment sérieuses pour justifier l’exclusion des 234 procès-verbaux. Mais le Center for Economic and Policy Research (CEPR) publiera ensuite une analyse sévère de la méthodologie utilisée. Selon cette étude, l’examen des 919 procès-verbaux ne permettait pas, statistiquement, d’extrapoler les conclusions à l’ensemble du scrutin ; le CEPR reprochait également à la mission de ne pas avoir correctement intégré 1 053 procès-verbaux manquants. Il ne démontrait pas pour autant que Célestin avait nécessairement gagné : son argument central était qu’il n’existait pas, selon lui, une base statistique suffisante pour renverser l’ordre des deuxième et troisième candidats.

Voilà pourquoi 2011 reste davantage qu’une vieille querelle électorale. L’OEA avait-elle corrigé un décompte entaché d’irrégularités ou l’arbitrage international avait-il fini par se substituer, de facto, au contentieux électoral haïtien ? Le consentement initial de l’État suffisait-il à légitimer une procédure dont l’issue allait ensuite être défendue par des pressions diplomatiques, des menaces sur l’aide et des mesures de visas ? La compétence souveraine du CEP pouvait-elle encore être considérée comme pleinement autonome dans un tel environnement ? (OAS)

« Bingo, les gangs sont nés » ? L’histoire impose une nuance

Dire que les gangs sont nés en 2011 serait historiquement faux. Haïti avait connu bien auparavant les Tontons Macoutes, les groupes paramilitaires, les chimères et diverses formations armées liées à des acteurs politiques. La violence para-institutionnelle précède donc largement Martelly.

Mais 2011 peut être interrogé comme une charnière, non comme un acte de naissance.

Plusieurs chercheurs cités par Le Monde situent sous la présidence Martelly une période de mutation et d’expansion des groupes armés, accompagnée d’un vide sécuritaire et d’interactions croissantes entre opérateurs politiques, économiques et hommes armés. Cette dynamique s’amplifiera sous Jovenel Moïse. (Le Monde.fr)

La rétrospective devient encore plus lourde lorsqu’on considère ce que les autorités américaines affirmeront treize ans plus tard. En août 2024, le Trésor américain sanctionne Michel Martelly et affirme administrativement qu’il aurait facilité le trafic de cocaïne, collaboré avec des trafiquants et soutenu plusieurs gangs basés en Haïti. Il s’agit d’allégations fondant un régime de sanctions américaines, et non d’une condamnation pénale prononcée par un tribunal. (U.S. Department of the Treasury)

Le raccourci « OEA 2011 = naissance des gangs » ne résiste donc pas à l’examen historique. Mais une autre question est autrement plus dérangeante : l’épisode de 2011 a-t-il participé à installer un modèle politique dans lequel la légitimité électorale, fragilisée à l’intérieur, pouvait être arbitrée de l’extérieur, tandis que les réseaux de coercition se développaient parallèlement autour du pouvoir ?

Quinze ans plus tard, Haïti parle encore d’élections, d’OEA, de communauté internationale et de sécurité. Mais, entre-temps, certains groupes armés ne se contentent plus d’accompagner les acteurs politiques : ils occupent des territoires, imposent leurs règles et disputent à l’État ses prérogatives régaliennes.

C’est peut-être là que le véritable flashback de 2011 devient pertinent : non pas pour affirmer que tout commence ce jour-là, mais pour demander à quel moment l’exception électorale, la dépendance internationale et l’instrumentalisation de la force irrégulière ont cessé d’être des accidents pour devenir un système.

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