Des CASEC remontés contre Fils-Aimé dans le Grand Sud
LES CAYES — Les images sont beaucoup moins policées que les communiqués officiels. Au cours de sa tournée dans le Grand Sud, dont les coûts détaillés n’ont pas été rendus publics, Alix Didier Fils-Aimé s’est retrouvé face à des membres de CASEC particulièrement remontés. Ceux-ci l’ont directement interpellé sur leur traitement par le pouvoir et sur le rôle qu’on leur demande de jouer dans un processus électoral déjà qualifié de « mort-né » par plusieurs opposants. La séquence, diffusée par Colomb Info, montre un échange suffisamment tendu pour conduire le Premier ministre à demander à ses interlocuteurs de baisser la voix.
« Vous nous avez demandé de demander aux gens d’aller voter. Mais comment vous nous traitez ? », entend-on au milieu du tohu-bohu. Un responsable local insiste pour obtenir une réponse avant le départ du chef du gouvernement : « Vous ne devez pas partir sans dire un mot. C’est impossible ! » Face aux protestations, Fils-Aimé réplique sèchement : « Bese vwa w ! » — baissez la voix. Puis, cherchant à reprendre la maîtrise de l’échange : « Mwen la » — je suis là.
La scène prend une tonalité particulière pour un chef de gouvernement déjà vivement contesté par ses adversaires sur sa conduite du processus constitutionnel et électoral. Le ton employé face aux représentants locaux nourrit ainsi une question politique autrement plus embarrassante que les images protocolaires de la tournée : jusqu’où le pouvoir accepte-t-il la contradiction lorsqu’elle surgit directement devant ses propres caméras et son dispositif de sécurité ?
La séquence tranche, en tout cas, avec l’image soigneusement ordonnée d’une tournée gouvernementale faite de visites téléguidées, d’inaugurations de projets parfois encore à leurs premiers stades, de poignées de main et de déclarations sur la proximité retrouvée entre l’État et les collectivités territoriales. Les images de Colomb Info montrent l’envers du décor : des représentants locaux qui ne veulent manifestement plus se satisfaire du protocole et exigent des réponses directement du chef du gouvernement.
Le point le plus embarrassant concerne les élections. Les CASEC rappellent au Premier ministre qu’il leur est demandé d’encourager la population à aller voter. Leur interpellation expose alors une contradiction politique immédiate : comment demander à des responsables territoriaux de convaincre les citoyens de participer au scrutin lorsque ces mêmes interlocuteurs affirment ne pas être correctement traités par le pouvoir central ?
Lorsque l’un d’eux lance « C’est impossible ! », l’échange dépasse la simple doléance administrative. Il donne à voir une fracture entre l’Exécutif et une partie des structures territoriales que celui-ci entend pourtant mobiliser pour accompagner son calendrier électoral.
Les CASEC ne sont pas de simples militants venus perturber une visite officielle. Ils appartiennent à l’architecture des collectivités territoriales haïtiennes. Voir certains de leurs membres contraints d’élever la voix devant le Premier ministre, puis entendre celui-ci leur demander de la baisser, donne une tout autre signification au discours officiel sur le « dialogue » entre le pouvoir central et les autorités locales.
Un questionnement important demeure après la diffusion de ces images : que deviendront les relations entre ces CASEC et le pouvoir après une interpellation publique aussi frontale ? Rien ne permet d’affirmer qu’une mesure de rétorsion sera prise contre eux. Mais leur situation méritera d’être observée après cet épisode inhabituel.
Écoutez par vous-même. Dans le Grand Sud, Alix Didier Fils-Aimé n’a pas seulement rencontré les applaudissements et les cérémonies que les caméras officielles préfèrent conserver. Il a aussi entendu des CASEC lui dire, en face, que quelque chose ne va pas — et que le bluff politique, comme le « one-man-show », finit toujours par rencontrer ses limites.
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