L’adoption du budget rectificatif 2025-2026 par le gouvernement Fils-Aimé a été présentée comme une réponse aux défis sécuritaires, économiques et institutionnels auxquels fait face le pays. Derrière les chiffres et les déclarations officielles, une question essentielle se pose : qu’est-ce que ce budget changera concrètement dans la vie quotidienne des citoyens ?
Avec une enveloppe de plus de 360 milliards de gourdes, le budget prévoit une augmentation des dépenses consacrées à la sécurité, aux infrastructures et à la préparation des élections. Sur le papier, ces priorités paraissent cohérentes dans un pays où l’insécurité paralyse l’économie, limite les déplacements et pousse des milliers de familles à quitter leur quartier.
Cependant, l’expérience des dernières années invite à la prudence. Les budgets haïtiens ont souvent affiché des ambitions importantes sans produire les résultats attendus. Le principal défi n’est pas seulement de prévoir des dépenses, mais de s’assurer qu’elles soient effectivement réalisées et qu’elles profitent à la population.
Pour les citoyens, le premier indicateur à surveiller sera la sécurité. Si les nouvelles ressources allouées permettent de reprendre le contrôle de certains axes routiers, de sécuriser les activités économiques et de réduire l’influence des groupes armés, l’impact pourrait être significatif. Dans le cas contraire, l’augmentation des crédits budgétaires risque de rester une simple ligne comptable.
Le budget intervient également dans un contexte économique difficile. Le gouvernement lui-même reconnaît que l’économie devrait se contracter de près de 2 %. Cette prévision traduit une réalité préoccupante : baisse de la production, ralentissement des investissements et perte de pouvoir d’achat pour les ménages. Pour de nombreux Haïtiens, la question n’est pas la taille du budget, mais le prix du riz, du carburant, du transport et des produits de première nécessité.
L’autre interrogation concerne les investissements publics. Une hausse des dépenses d’investissement peut stimuler l’activité économique à condition que les projets soient effectivement exécutés, transparents et orientés vers les besoins prioritaires. Les citoyens attendent des routes praticables, des écoles fonctionnelles, des centres de santé accessibles et des services publics plus efficaces.
Enfin, la dépendance persistante aux financements extérieurs demeure une source de vulnérabilité. Bien que les recettes internes constituent la majeure partie du budget, l’État continue de compter sur l’appui des bailleurs internationaux pour financer plusieurs programmes stratégiques.
Au final, ce budget rectificatif représente davantage une promesse qu’une garantie. Son succès ne se mesurera pas au montant annoncé, mais à sa capacité à améliorer la sécurité, relancer l’économie et offrir des services publics tangibles à une population confrontée à l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Pour les Haïtiens, le véritable test commencera après l’adoption du budget : celui de son exécution et de sa transparence.
Elensky Fragelus

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