Lettre d’Enex Jean-Charles au ‘président‘ Laurent Saint-Cyr, une illusion constitutionnelle d’un intellectuel sans scrupule
L’ancien Premier ministre de Jocelerme Privert, le professeur Enex Jean-Charles ,dans une correspondance au cooerdonnateur du CPT, laurent Saint-Cyr, s’emploie à dresser un tableau apocalyptique : insécurité, misère, déplacements impossibles, institutions paralysées. Mais au lieu de conclure à l’impossibilité d’entreprendre un chantier politique d’une telle ampleur, il s’en sert pour imposer l’idée d’un référendum au gré du CPT, les maitres de Port-au-Prince, sans les territoires perdus. Ce procédé relève d’une stratégie rhétorique : convaincre que, face au chaos, il n’existerait pas d’autre voie que celle proposée par son comité. L’état des lieux devient ainsi l’alibi de l’illégalité.
Plus inquiétant encore, l’auteur – ou le prophète Enex – se projette dans l’après-référendum. Le « oui » est présenté comme une évidence, le terme de la transition comme une garantie. Cette anticipation transforme un processus hypothétique en victoire proclamée. Rien d’étonnant. Pour un intellectuel de belle eau, une telle approche est déconcertante : elle balaie toute interrogation sur les conditions minimales de faisabilité – sécurité, logistique, financement, encadrement institutionnel. Un universitaire soucieux de rigueur aurait dû poser la question fondamentale : comment organiser un tel scrutin en moins de six mois dans un pays désarticulé ?
La lettre d’Enex Jean-Charles adressée à Laurent Saint-Cyr, coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition, mérite une lecture attentive. L’ancien Premier ministre y décrit ceux qui s’opposent à un référendum constitutionnel comme « un petit groupe » qui refuserait qu’on touche à la Constitution de 1987. Cette formulation est révélatrice : elle cherche à marginaliser et à délégitimer toute voix critique, comme si la défense de la Constitution était l’affaire d’une minorité isolée, alors qu’il s’agit en réalité d’un principe inscrit dans le texte même de la Loi fondamentale.
La lettre fait totalement abstraction de l’article 284-3 de la Constitution de 1987, qui interdit formellement toute révision constitutionnelle par référendum. En proposant malgré tout un tel mécanisme, Enex Jean-Charles contribue à la banalisation de l’illégalité constitutionnelle. Pire, il érige cette transgression en solution patriotique, justifiée par la gravité de la crise. Cette posture relève d’un coup de force juridique maquillé en acte de salut national.
En réduisant le peuple haïtien à une masse appelée à valider une décision déjà arrêtée, la lettre reprend la logique plébiscitaire des régimes autoritaires. Le citoyen n’est pas sujet politique, mais simple exécutant. Cette démarche rappelle les pratiques coloniales où le « nègre » n’était pas considéré comme un être de raison, mais comme une force de travail soumise. Faire de la population le spectateur forcé d’une mascarade référendaire, c’est perpétuer l’idée que les Haïtiens ne méritent pas une citoyenneté pleine et entière.
Le silence d’Enex sur la composition même du Conseil Présidentiel de Transition, comprenant des membres accusés de corruption dans le scandale de la Banque Nationale de Crédit, jette une ombre lourde sur l’ensemble du processus. Confier à un organe discrédité le soin d’organiser un référendum constitutionnel revient à légitimer l’impunité et à cautionner la mainmise des réseaux affairistes sur l’État.
cba


République d’Haïti
Conférence Nationale
Port-au-Prince, le 28 août 2025
À Monsieur Laurent SAINT-CYR
Président du Conseil Présidentiel de Transition
Villa d’Accueil.-
Monsieur le Président,
C’est pour moi un plaisir, au nom du Comité de pilotage de la Conférence nationale, de remettre au Conseil Présidentiel de Transition, au Gouvernement ainsi qu’au Peuple haïtien, le résultat de nos travaux sur la Constitution du pays, conformément aux dispositions du décret du 17 juillet 2024.
Il s’agissait d’une mission particulièrement ardue.
Le contexte dans lequel se trouvait le pays, au moment où nous assumions cette lourde tâche, n’a cessé de se dégrader. Les difficultés traversées par la nation se sont aggravées. L’insécurité a atteint un niveau tel que la population suffoquait. De nombreuses familles ont dû fuir leur domicile pour se réfugier dans des camps de fortune. La misère s’est généralisée. Même les citoyens qui, autrefois, parvenaient à s’en sortir, se sont retrouvés réduits à la mendicité. Le pays était paralysé.
Les déplacements étaient devenus presque impossibles. Certains lieux où nous devions aller pour que le dialogue progresse nous étaient totalement inaccessibles. Là où nous avons pu arriver, nous avons fait ce qui était en notre pouvoir.
Outre ces difficultés, les moyens nécessaires à notre fonctionnement n’étaient pas toujours disponibles lorsque nous en avions besoin, et parfois totalement inexistants, ce qui a considérablement retardé nos travaux.
Nous avons néanmoins produit un texte pouvant servir de projet de Constitution pour le pays, afin de mettre un terme définitif à la transition. Comme le Comité de pilotage (KPT) en avait reçu mandat, nous invitons le Conseil à décider de le soumettre à référendum, conformément aux prévisions du décret.
Cette lettre est accompagnée d’un rapport de plus de 1 400 pages, destiné à permettre au Conseil d’apprécier à sa juste valeur l’ensemble du cheminement qui a conduit à ce projet.
Nous souhaitons attirer l’attention du Conseil Présidentiel de Transition sur le fait que, bien que de nombreuses personnes et organisations soient d’accord avec le contenu du projet, son adoption en vue d’un référendum direct n’entraînera pas nécessairement l’unanimité dans le pays. Plusieurs acteurs estiment qu’une Assemblée constituante devrait, au préalable, travailler sur le projet que nous présentons. Un petit groupe considère également que la Constitution de 1987 ne doit pas être modifiée dans le contexte actuel.
Le Comité de pilotage souhaite que le Grand Architecte de l’Univers et l’Esprit de nos Ancêtres éclairent chaque membre du Conseil Présidentiel de Transition afin qu’il prenne la décision la plus utile au pays dans les circonstances présentes.
En attendant, le Comité de pilotage poursuivra ses travaux sur les autres chantiers relevant de sa mission.
Le Comité de pilotage attend du Conseil Présidentiel de Transition et du Gouvernement toutes les informations et explications dont ils pourraient avoir besoin.
Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée et mes vœux de courage.
(signature)
Enex JEAN-CHARLES
Président du Comité de pilotage
Conférence nationale
Documents annexés à cette lettre :
- Projet de Constitution
- Rapport sur les activités du Comité de pilotage dans le cadre du chantier de réforme constitutionnelle
Lettre officielle – République d’Haïti
REPUBLIK D’AYITI
KONFERANS NASYONAL
Pòtoprens, 28 out 2025
Mesye Laurent SAINT-CYR
Prezidan
Konsèy Prezidansyèl Tranzisyon
Vila Dakèy.-
Prezidan,
Se yon plezi pou mwen, nan non Komite Pilotaj Konferans Nasyonal la, pou m remèt bay Konsèy Prezidansyèl Tranzisyon an, Gouvènman an ak tout Pèp Ayisyen an, rezilta travay nou sou Konstitisyon peyi a jan Dekrè 17 jiyè 2024 la prevwa sa.
Se yon travay ki te difisil anpil.
Kontèks ki te genyen nan peyi a, nan moman nou t ap pran kokenn chenn misyon sa a, evolye anpil nan move sans. Difikilite peyi a t ap travèse nan moman sa a vin anpire. Ensekirite a vin rive nan nivo kote popilasyon an ap toufe. Anpil ak pakèt moun blije kouri kite lakay yo pou al refijye yo nan kan moun kay bon pwòch yo. Lamezi pawèze nèt al kole. Menm moun ki te konn degaje yo vin tonbe nan mande. Match la rid toutbon.
Deplasman yo vin prèske enposib. Gen kote pou nou ta ale pou fè dyalòg la mache ke nou kareman pat ka ale. Kote nou rive yo, nou fè sa nou kapab.
Anplis tout difikilte peyi a, mwayen pou nou fonksyone ki pat toujou disponib lè nou bezwen yo oubyen ki pat janm disponib ditou mete nou anreta anpil.
Nou rive pwodui yon tèks ki ka sèvi kòm pwojè konstitisyon peyi a pou nou fini ak koze tranzisyon nèt al kole a. Kom se KPT a ki mandate nou, nou envite l deside sou prezanté l nan referandòm ki planifye jan dekrè a prevwa a.
Lèt sa a akonpanye ak yon rapò ki gen plis pase 1400 paj pou pèmèt konsèy la apresye nan valè yo tout chemen ki pase pou nou rive nan pwojè a.
Nou vle atire atansyon KPT a ke, malgre anpil ak pakèt moun dakò sou kontni pwojè a, adopte yon pwojè pou ale nan referandòm dirèk dirèk pa rive fè lininamite nan peyi a. Gen anpil moun ak òganizasyon ki panse yon Asanble Konstitiyan ta dwe travay sou pwojè nou prezante a avan. Gen yon ti gwoup ki panse tou ke konstitisyon 1987 la pa dwe manyen nan moman an.
Komite Pilotaj la swete Gran Achtèk Linivè a ak Lespri Gran Zansèt Nou Yo a gide chak manm KPT a nan deside sa ki pi itil pou peyi a nan moman sa a.
Pandanstan, Komite Pilotaj la ap kontinye travay sou lòt chantye ki genyen nan misyon li a.
Komite Pilotaj la ap tann KPT a ak Gouvènman pou tout lòt enfòmasyon ak eksplikasyon yo ta ka bezwen.
Mwen salye w, Prezidan, e m swete w bon kouraj.
(signature)
Enex JEAN-CHARLES
Prezidan Komite Pilotaj
Konferans Nasyonal.
Dokiman ki akonpanye lèt la :
- Pwojè Konstitisyon an
- Rapò sou aktivite Komite Pilotaj la sou chantye Refòm Konstitisyonèl la.
The post Haïti : le “jeu de dupes” d’Enex Jean-Charles dans sa lettre au ‘président’ Laurent Saint-Cyr first appeared on Rezo Nòdwès.
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