Un Conseil des ministres en apesanteur, loin du drame haïtien
Certains textes officiels portent en eux une contradiction dramatique : ils prétendent incarner l’autorité publique, mais n’exposent, en réalité, que son vide. Le communiqué du Conseil des ministres du 20 août 2025 en constitue l’exemple le plus éclatant : trois pages minutieusement remplies de nominations — reflet du clientélisme et de l’impunité —, de ratifications et de protocoles, mais à peine quelques lignes pour évoquer ce qui demeure la faille la plus profonde de la République : la sécurité nationale.
L’histoire d’Haïti témoigne depuis longtemps de cette mise en scène bureaucratique. Dès 1963, sous le régime de Duvalier, des communiqués dénués de contenu tentaient de masquer la terreur exercée par les milices. En 1994, à la veille du retour d’Aristide, le gouvernement militaire multipliait les déclarations officielles, sans jamais reconnaître l’effondrement du dispositif sécuritaire. Aujourd’hui, la même dramaturgie se répète : le texte évoque « des instructions claires » et « tous les moyens disponibles », sans toutefois fournir de plan ni d’explication. Ce silence n’est pas fortuit : il constitue une véritable stratégie de dissimulation.
L’absurdité est patente : tandis que le gouvernement déroule un inventaire diplomatique et institutionnel, les gangs de Mirebalais annoncent leurs propres festivités patronales, comme s’ils détenaient eux aussi désormais la souveraineté symbolique. Même Washington se garde d’appeler « ambassadeur plénipotentiaire » un haut diplomate d’une formation redoutable tant que le Congrès n’approuve pas le choix, mais chez nous, le ridicule persiste. Le communiqué n’en fait aucune mention. C’est une République spectrale qui se manifeste, une République qui, comme dans les heures les plus sombres de son histoire, laisse la rue dicter ses propres lois.
Il convient de souligner que cette absence de reddition de comptes n’est pas fortuite : un gouvernement issu d’un compromis international ne se considère pas tenu d’expliquer ses choix au peuple. Sa légitimité se situe ailleurs, au-delà des frontières ou dans les couloirs des ambassades. Dans ces conditions, le silence sur les contrats présumés avec des mercenaires ou sur les foyers de violence identifiés traduit un mépris institutionnalisé : l’opacité devient une véritable méthode de gouvernance.
Ce communiqué, loin de réaffirmer l’autorité de l’État dans tous ses débats, se révèle comme un véritable « jwèt manje tè ak jwe ak ti tonton » : Haïti traverse une suspension totale de sa souveraineté. Tandis que l’exécutif à 7 Tèt, sans une once de patriotisme, se perd en décisions protocolaires, les gangs à sapat, quant à eux, organisent leur calendrier comme s’ils détenaient, eux, les justiciers de la ville, le pouvoir réel, d’autant plus que l’on semblerait se diriger vers une forme d’amnistie à leur égard. L’histoire se répète dans cette banalité tragique : des textes officiels qui parlent de tout, de jwèt manje tè, sauf de ce qui ronge effectivement la nation.



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Via Rezo Nòdwès
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