Les enseignants stagiaires interpellent le ministre Antoine Augustin sur les contradictions de “Lekòl kraze”
Quelques jours après la publication de notre article « De Grégory Saint-Hilaire à Zamy Wanderson : qui bloque les nominations des jeunes enseignants qualifiés ? », le Regroupement des Enseignants Stagiaires (FDSE, ENS, IERAH, FLA, ENGA, CFEF, ENARTS) vient d’adresser une lettre ouverte au ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, M. Augustin Antoine l’interpellant sur les engagements non tenus du MENFP et sur les contradictions entre ses discours et ses pratiques relatives aux nominations. En effet, ils devraient être titularisés prioritairement, un an après le début de leur stage qui a démarré en mai 2023, date à laquelle l’actuel ministre a pris fonction.
Dans cette lettre ouverte publiée le 28 août 2025, les enseignants stagiaires reviennent sur le drame du 18 août, notant qu’alors qu’ils manifestaient pour réclamer leurs droits, un jeune non-stagiaire, Wanderson Zamy, a été tué par balle dans l’enceinte même du ministère, par un agent de sécurité du bureau ministériel. Pour les stagiaires, ce drame rappelle celui d’octobre 2020, quand l’étudiant Grégory Saint-Hilaire avait trouvé la mort dans des circonstances similaires à l’École normale supérieure.
Dans leur correspondance, les stagiaires rappellent qu’ils sont 760 enseignants ayant signé un contrat depuis plus de deux ans, mais qui attendent toujours leur nomination « à deux chaires minimum ou à temps plein », conformément au protocole d’accord MENFP-ENS de 2013 et aux 12 mesures de réforme éducative de 2014. Pourtant, dénoncent-ils, « des nominations sont effectuées pour des proches et alliés politiques », renforçant le sentiment d’injustice et de clientélisme dans l’un des secteurs les plus stratégiques du pays.
Les signataires citent la note officielle du 7 août 2025, où le ministère annonçait vouloir poursuivre des chantiers majeurs : réforme curriculaire, développement de l’enseignement technologique, consolidation des quatre nouvelles matières du fondamental et demandent au ministre comment ces réformes pourront-elles réussir si la génération de professeurs formée et appelée à enseigner ces cours n’est pas nommée ?
Pour le regroupement, l’absence de nomination pousse de jeunes enseignants qualifiés vers le chômage ou l’exil forcé, accentuant la crise d’un système éducatif déjà qualifié par le ministre lui-même de «lekòl kraze» (école en ruine). Ils insistent : sans professeurs formés en philosophie, mathématiques, histoire, créole, économie, technologie ou arts, l’école haïtienne continuera de s’effondrer, privant les enfants d’outils essentiels pour affronter le XXIe siècle.
Trois demandes claires au ministre Augustin Antoine :
Respecter les engagements du ministère envers les enseignants stagiaires (deux chaires minimum ou temps plein comme cela a été fait antérieurement pour les promotions précédentes).
Mettre fin à la politisation des nominations.
Donner des signes concrets qu’il s’agit bien d’une volonté de réforme et non de démagogie.
À un mois de la rentrée scolaire de l’année académique 2025-2026, les stagiaires appellent ainsi le ministre à « choisir entre protéger ses intérêts politiques ou contribuer à bâtir une école inclusive et moderne pour les générations futures ».
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Via Juno 7
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