Haïti – Délégation kenyane : quel sens face à l’échec de la MSS sur les gangs ? Temps perdu, palabres et manœuvres diplomatiques semblent avoir été mobilisés pour soutenir le binôme Saint-Cyr et Fils-Aimé dans le lancement d’un référendum contesté, et ce, à moins de six mois de l’échéance du mandat du Conseil présidentiel de transition, sans aucune possibilité de prolongation légale.
Une délégation kenyane conduite par Joseph Boinnet, conseiller adjoint à la sécurité nationale, et le consul général Noor Gabow a été reçue par Laurent Saint-Cyr, coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition ex nihilo. Présentée comme une initiative de concertation relevant du cadre opérationnel de la MSS, cette visite manifesterait la volonté de maintenir un dialogue institutionnel structuré, tout en se heurtant à une dynamique sécuritaire profondément défavorable.
Depuis plus d’un an, les unités kenyanes n’ont pas réussi à inverser la configuration territoriale de la violence, laissant Port‑au‑Prince fragmentée en zones de non‑droit où les gangs continuent d’exercer un contrôle effectif. Les incidents impliquant des pertes humaines, ainsi que la disparition d’un officier, accentuent la perception d’une mission exposée et vulnérable, dont la capacité de coercition opérationnelle reste limitée. Cette divergence entre l’ampleur protocolaire et l’inefficacité sur le terrain démontre la complexité des interventions internationales dans des contextes de gouvernance fragile et de crise sécuritaire prolongée.
Le Wall Street Journal, citant le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, a rappelé le poids financier de cette opération, qualifiée de gouffre budgétaire sans effet structurant. Aux yeux de nombreux observateurs haïtiens, la délégation kenyane incarne moins une stratégie de stabilisation que la perpétuation d’un théâtre diplomatique visant à rassurer Washington et New York. Le discours de la solidarité internationale se heurte ainsi à la réalité d’un dispositif coûteux, mais stérile.
Cette initiative pose une question stratégique fondamentale : la MSS opère-t-elle réellement comme une force de neutralisation ou se réduit-elle à une présence symbolique, destinée à conforter un statu quo international ? Les principes de « sécurisation partagée » et de « diplomatie de terrain » ne peuvent se cantonner à un exercice protocolaire ; ils requièrent des résultats tangibles, tels que la réouverture de corridors logistiques, le désarmement ciblé des groupes armés et la remise en état des infrastructures critiques.
Tant que ces objectifs resteront hors d’atteinte, chaque visite de haut niveau risque d’apparaître comme un simple exercice diplomatique dépourvu de substance. L’efficacité de l’engagement kenyan se mesurera à sa capacité à transformer la géographie de la peur en espaces de gouvernance effective et sécurisée. Sans une articulation claire entre mandat politique et action opérationnelle, la MSS continuera d’être perçue comme une force symbolique, tandis que la population haïtienne restera exposée aux contraintes d’une insécurité endémique.
cba

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